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Daniel, le parcours d'un orthodontiste de Paris à Ra'anana

À trente et un ans, Daniel exerce l'orthodontie à Ra'anana, où il est aujourd'hui associé dans un cabinet. Né et formé à Paris, études de dentaire, puis spécialité d'orthodontie à la Pitié-Salpêtrière, il avait devant lui un parcours sans accroc. Restait cette idée qui ne le quittait pas depuis dix ans : Israël. Il y a fait son aliyah il y a un an. Nous l'avons interrogé sur cette bascule.

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Un nouveau départ

« Quoi qu'il arrive, il y a un moment où je viendrai en Israël. » Cette certitude, Daniel l'a portée une décennie durant, et les dernières années n'ont fait que l'aviver. Qu'on choisisse de s'installer dans un pays en guerre, ses patients israéliens ont d'abord du mal à le concevoir ; puis quelques minutes de conversation suffisent, et ils comprennent parfaitement.

À son arrivée, pourtant, il s'est gardé de toute précipitation. Quatre ou cinq mois entièrement libres, le temps de suivre son oulpan et de prendre ses marques, avant seulement de se mettre en quête d'un poste. La recherche fut intense et rude.

Les défis à l'arrivée

Daniel a commencé par passer en revue les façons d'exercer qui s'offraient à lui.

Le salariat en Koupat Holim, d'abord, rémunéré au pourcentage du chiffre, à la manière d'un centre dentaire français : confortable pour certains, mais difficile à vivre quand on a connu le calme d'un cabinet et qu'on débarque sans maîtriser l'hébreu, dans une organisation déroutante où l'on dépend d'un directeur des dentistes, d'un directeur des assistantes, où il faut poser ses jours.

La location d'un fauteuil dans un cabinet d'omnipratique, ensuite, séduisante de prime abord, jusqu'à ce que se pose la seule question qui vaille : d'où viendront les patients ?

Les centres mutualistes, enfin, où l'on ne manque pas de monde, mais où l'on travaille pour presque rien.

À chaque rencontre, il croyait pousser la bonne porte ; à chaque fois venaient la déception, ou des propositions sous-payées. « Petit à petit, ça m'a surtout permis de comprendre ce que je ne voulais pas. »

Sa leçon, au fond, tient en peu de mots : ne jamais craindre de demander de l'aide.

Et l'aide, justement, est venue de là où il ne l'attendait pas. Par l'entremise de son amie Joëlle, restée en France, il fait la connaissance d'un commercial en matériel dentaire installé sur place. Le courant passe, le temps d'un café : « Compte sur moi, je vais te trouver quelque chose qui va te plaire. » Deux jours plus tard, l'homme le met en relation avec un orthodontiste de Ra'anana en quête d'un confrère pour absorber son flux de patients.

La rencontre avec Ernesto

Ernesto a soixante-dix ans. Né en Argentine, vingt-cinq années passées au Vénézuela, revenu en Israël il y a quinze ans, il y a ouvert avec sa femme Maria, qui en assure la direction, le cabinet de Ra'anana. Sur le papier, rien ne destinait ces deux hommes à se croiser. « Ça a été un coup de foudre professionnel. »

Daniel décrit une équipe soudée et chaleureuse : Iris, d'origine belge, qui l'a soutenu comme personne, une assistante argentine, deux Israéliennes et, surtout, une relation aux patients d'une rare sincérité, à mille lieues du « bling-bling » de certaines cliniques exhibées sur Instagram. « S'ils acceptent que je travaille ici, c'est ici que je veux évoluer. » Il signe le soir même et commence dès le lendemain. Quatre mois plus tard, il est associé.

Daniel avec Ernesto au cabinet de Ra'anana

Professionnellement, les opportunités sont sûrement plus rares qu'en France. Mais quand elles se présentent, elles sont peut-être plus grandes. »

La langue, le vrai challenge

Il était arrivé préparé : l'hébreu travaillé de longue main, en amont. Mais devant un adolescent de douze ans qui débite ses phrases à toute allure, ou face à un grand-père yéménite venu poser ses questions, des centaines d'heures d'oulpan ne pèsent plus grand-chose. « Au début, la barrière de la langue, c'est une montagne. » Aujourd'hui, elle s'est effacée ; reste que l'effort des premiers mois l'a épuisé. Il voit presque autant de patients qu'en France, mais traîne une fatigue qu'il n'avait jamais éprouvée.

Autre réalité à encaisser, étrangère au métier celle-là : environ deux pour cent de ses patients refusent un spécialiste de trente et un ans et réclament « le vrai docteur ». « Je ravale ma fierté, je mets l'ego de côté, et je continue. » Avec le suivant, le plus souvent, tout se passe bien.

Le système dentaire israélien vu de l'intérieur

La première différence avec la France tient à la prise en charge. Là-bas, les moins de seize ans voient leur traitement d'orthodontie couvert par la sécurité sociale ; ici, en cabinet privé, tout reste à la charge du patient — sauf assurance privée, et encore. Le traitement, globalement, y coûte moins cher qu'en France, mais le reste à charge, lui, pèse davantage. En Kupat Holim, la note baisse de trente à quarante pour cent, au prix toutefois d'une expérience plus contrainte : longs délais, rendez-vous annulés, praticien qui change d'une fois sur l'autre. Beaucoup commencent là, puis finissent en privé.

La deuxième différence, qu'il juge considérable, c'est l'absence d'un Doctolib adapté au système israélien. En France, un orthodontiste qualifié voit les rendez-vous affluer d'eux-mêmes ; ici, tout repose sur la communication — réseaux sociaux, parfois la télévision — et plus encore sur le bouche-à-oreille. Se constituer une patientèle demande des années : le cabinet d'Ernesto en témoigne, dont le téléphone sonne désormais sans relâche, fruit d'une longue patience et des recommandations accumulées.

Reste un point que les nouveaux arrivants apprécient : le paiement en tashloumim, échelonné jusqu'à dix fois. S'il faut s'engager sur l'intégralité du traitement, l'étalement soulage beaucoup, à un moment où, fraîchement installé, on voit les dépenses s'accumuler.

Ses conseils en tant que praticien

C'est, dit-il, un sujet quasi omniprésent dans les conversations entre confrères, à Paris. Et il a un avertissement pour celui qui se figure pouvoir « ouvrir un cabinet ultra chic dédié aux expatriés, l'hébreu venant plus tard ». L'erreur de calcul, à ses yeux, est là. Les chiffres parlent : dans le centre d'Israël, environ vingt pour cent de la population est d'origine étrangère ; mais une fois retranchés les travailleurs venus d'ailleurs, les enfants, ceux qui n'ont pas besoin de soins ou n'en ont pas les moyens, et ceux qui iront consulter un dentiste anglophone, le vivier de patients expatriés se révèle bien trop maigre pour remplir un cabinet. Quant à la concurrence, seuls seize pour cent des dentistes sont diplômés d'une faculté israélienne ; près de quarante pour cent sont, comme lui, des olim hadashim.

« Ne cible pas une micro-niche, ça ne marchera pas — ou alors dans des années. » Sa conviction est faite : la véritable intégration repose sur deux piliers indissociables, le travail et la langue. C'est par les collègues, par les patients, par l'hébreu, que l'on se fait une place lorsqu'on arrive à l'âge adulte. D'où ce double mot d'ordre : apprendre l'hébreu avant de venir, et renoncer à transposer purement et simplement son modèle français.

Aux familles qui se demandent s'il vaut mieux entamer le traitement d'un enfant en France, avant l'aliyah, pour bénéficier du remboursement, sa réponse est nette : non. On ne fait qu'en multiplier le coût, et l'on aura bien assez à gérer une fois sur place. « L'orthodontie peut attendre. »

Ce qui donne du sens

Daniel s'est découvert plus empathique encore qu'il ne l'était en France. « Tu soignes un type qui arrive en uniforme de Tsahal, un autre qui te raconte ses milouim. » Il se souvient d'une patiente lui montrant son fond d'écran : la photo de son fils, tombé à Gaza. « Je suis très loin de sauver des vies, mais ça rend le métier encore plus beau. » Il termine ses journées heureux. Et il y tient : il aime aussi la France.

Je suis très loin de sauver des vies, mais ça rend le métier encore plus beau.

Quant à ses projets, à moyen et long terme, il a fini par lâcher prise. Cette semaine, son assistante israélienne lui a glissé une phrase qu'il a aussitôt faite sienne : « L'homme prévoit, et Dieu en rigole. » Six ans plus tôt, au sortir de ses études, nul ne l'aurait convaincu qu'il opérerait un jour dans une langue qu'il ne parlait pas. Aussi son plan tient-il désormais en quelques mots : faire ce qu'il aime, se laisser porter par l'énergie de Tel-Aviv, rejoindre Ra'anana chaque matin, soigner — et rire.

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