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Hanna, installée à Beer-Sheva avec l'Alya de Groupe

À 35 ans, Hanna a posé ses valises à Beer-Sheva à l'été 2025, avec son mari et ses enfants, dans le cadre d'une Aliyah de groupe. Un an plus tard, elle est devenue une voix connue de nombreuses familles qui préparent leur propre départ, à travers sa page Instagram et les innombrables conseils qu'elle y partage. Nous l'avons rencontrée pour qu'elle raconte son parcours : le déclencheur, l'année de préparation, l'arrivée dans une ville qu'elle ne connaissait pas, et l'intégration de ses enfants. Un témoignage concret, généreux, et plein d'énergie.

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Partie 1 — Le déclencheur : « Je ne pouvais pas élever mon fils comme ça »

Hanna et sa famille vivaient à Romainville, avec les enfants scolarisés dans le 19e arrondissement de Paris. Une vie « fluide », selon ses propres mots : des sociétés, un appartement en propriété, une voiture, un quotidien installé. Rien, en apparence, ne poussait au départ.

C'est le 7 octobre qui a tout fait basculer. « On était en vacances pendant la période du 7 octobre, et quand on est rentrés, on a senti autour de nous que nos voisins avaient changé. L'atmosphère n'était plus du tout la même. »

Le point de rupture est venu de son fils, qui allait alors sur ses trois ans. En commençant à sortir de la maison pour aller à l'école avec les péots et le tsitsit, l'enfant a manifesté une gêne, presque une honte. « Il voulait se cacher. Et je me suis dit : je ne peux pas élever mon fils dans des valeurs de judaïsme comme ça. Je voulais vraiment que mes enfants soient fiers de leur religion. »

Un autre souvenir résume à lui seul le climat de l'époque. Devant l'école de ses enfants se trouvait un Hyper Cacher. Un jour, Hanna propose à sa fille — aujourd'hui âgée de 10 ans — d'aller y acheter un goûter. La réponse de l'enfant la glace : « Maman, tu ne crois pas qu'ils vont mettre une bombe dans l'Hyper Cacher ? » « Là, je me suis dit : on va rentrer dans une psychose. Mes enfants vont avoir peur d'aller manger cachère, peur d'aller à l'école. Il y avait aussi des militaires devant l'école. Je ne voulais pas qu'ils vivent dans une ambiance anxiogène comme ça. »

Elle le reconnaît volontiers : dire cela depuis Israël, un pays en guerre, peut paraître paradoxal. Mais pour elle, le ressenti n'a rien à voir. « Ici, il y a un truc qui fait qu'on est chez nous. On se sent protégés par les khayalim, on ressent la présence de Hashem de manière exponentielle. Et bizarrement, ici, plus rien ne fait peur. »

Partie 2 — Être maman : le vrai moteur de la décision

Interrogée sur le poids de la maternité dans un tel choix, Hanna est catégorique. Pour elle seule, elle ne serait sans doute jamais partie. « Si je devais continuer à vivre pour moi, on avait une très bonne situation en France. Il n'y avait pas de raison de partir, on connaissait tout. Mais mes enfants, eux, ils avaient tout à construire. »

Sa plus grande crainte n'était pas matérielle, mais identitaire : que son fils ait honte d'être juif, que ses enfants aient peur de l'être. C'est ce fil rouge — le bien-être et la sérénité de ses enfants — qui a guidé chaque étape de son projet. « Mes enfants, c'est mon leitmotiv. S'ils sont bien, alors moi aussi je serai bien. Il fallait juste qu'ils soient heureux, épanouis, sereins. »

Partie 3 — L'année de préparation : tout anticiper (ou presque)

Hanna se décrit comme quelqu'un de « très carré, très organisé », qui fait beaucoup de plannings — « un peu trop, même ». La famille s'est penchée sur la question dès mai 2024, pour une Aliyah en juillet 2025. Plus d'un an pour tout cadrer.

« Je voulais savoir où je mettais les pieds. » Mais elle a vite appris une leçon d'humilité : « En Israël, c'est Hashem qui décide de tout. Alors il m'a fait quelques petites surprises. » Ce temps long a néanmoins permis à la famille de faire des comparatifs, de s'intéresser sérieusement aux villes, et de choisir avec qui partir.

Car dès mai 2024, un constat s'est imposé : « Je ne me sentais pas capable de faire mon Aliyah toute seule. J'avais besoin d'être accompagnée. Avec des enfants, je ne me sentais pas de redémarrer à zéro. » C'est ce qui l'a conduite vers l'Aliyah de groupe.

Grâce à un voyage d'études organisé en novembre, la famille a pu entrer en contact direct avec les écoles, étudier le marché immobilier israélien, et même multiplier les voyages pour visiter la ville et permettre aux enfants de se projeter. « Je sais que tout le monde ne peut pas se permettre plusieurs voyages. Mais ça nous a permis de construire un réseau avant même d'arriver, d'avoir des contacts, et de savoir qu'on allait être intégrés rapidement. »

Le bénéfice de cette année, selon elle, tient en un mot : anticiper. « Ça m'a permis de faire plein de checklists, de me renseigner sur plein de choses, et d'arriver dans un truc où je savais plus ou moins où je mettais les pieds. »

Partie 4 — L'Aliyah de groupe : recréer un kibboutz dans la grande ville

Que t'apporte l'Aliyah de groupe que tu n'aurais pas eu en venant seule ? La réponse de Hanna tourne d'abord autour des enfants.

À l'école, les enfants bénéficient d'une mora mégachérète, une enseignante qui fait le lien entre les enfants et les professeurs. « Un enfant qui arrive dans une école israélienne sans parler un mot d'hébreu, s'il a mal au ventre, s'il est angoissé, il faut qu'il puisse avoir un interlocuteur dans sa langue. » Cette figure fait aussi le lien avec les parents : si un enfant est saturé d'hébreu et décroche en classe, elle appelle pour en parler et proposer des solutions.

L'autre force du dispositif, c'est le groupe lui-même. Hanna et sa famille sont arrivées à Beer-Sheva avec 17 familles, dont la plupart s'étaient déjà rencontrées lors de réunions et de Zooms. « C'est comme si on avait recréé une bulle, le cocon qu'on avait en France. » Familles d'accueil pour les premiers Chabbatot, pique-niques au parc, entraide au quotidien : « On avait tous les mêmes problématiques au même moment. On s'entraide, on se soutient, on habite le même quartier. On a recréé un petit kibboutz dans la grande ville. »

Le groupe facilite aussi le choix crucial de la ville. « Quand on commence à vouloir faire son Aliyah, les deux premières questions sont toujours : où je vais aller, et qu'est-ce qui va se passer pour mes enfants ? » L'Aliyah de groupe propose une sélection de villes — quatre dans le cas de Hanna (Petah Tikva, Beit Shemesh, Ariel et Beer-Sheva), sept ou plus pour les promotions plus récentes — présentées lors du voyage d'études. À l'issue de ce voyage, la famille a tranché : ce serait Beer-Sheva.

Partie 5 — Beer-Sheva : au-delà des préjugés

Comme beaucoup, Hanna avait des a priori sur Beer-Sheva : le désert, les Bédouins, l'éloignement. « On se dit que c'est loin de Tel Aviv, loin de ce qu'on connaît. Parce qu'il ne faut pas se mentir : quand on parle d'Israël, on a plutôt l'image d'Israël des vacances. Et venir s'installer, ce n'est pas la même chose. »

C'est son mari, qui pourtant ne connaissait pas la ville, qui a eu le bon « feeling ». Face aux hésitations de Hanna — « J'ai besoin de centres commerciaux, d'un hôpital, d'une grande ville » —, il lui a simplement proposé d'aller voir. « Regarde, et après on discute. »

L'arrivée a été une révélation. « La première chose qui m'a frappée, c'est quelque chose que je n'avais jamais ressenti à Tel Aviv ou à Jérusalem — des villes un peu calquées sur Paris, avec cette effervescence, tout le monde pressé. À Beer-Sheva, il y a un truc, la chaleur des gens du Sud. Comme quand on arrive en vacances à Marseille ou à Nice : viens prendre un verre, viens boire l'apéro, si tu as besoin d'aide je suis là. »

Au-delà de son groupe d'Aliyah, elle a trouvé une véritable famille — notamment à la synagogue, une communauté israélienne qui s'était portée volontaire pour accueillir les Français. « Avant même qu'on arrive, ils ont fait une réunion pour dire qu'il y avait 17 familles françaises à parrainer. Il y avait plus de familles d'accueil potentielles que de familles françaises qui arrivaient. »

Le souvenir de l'arrivée reste gravé. Beer-Sheva dispose d'un Merkaz Klita, un centre d'intégration où l'Agence juive met à disposition des appartements à moindre coût, le temps de s'installer. « Quand les familles sont arrivées, il y avait des Israéliens avec des plateaux de fruits, des repas chauds préparés pour les enfants, des ballons, des pancartes. Ils attendaient avec impatience. En hébreu, on dit méraguèch : c'est hyper émouvant d'arriver quelque part et de sentir qu'on t'attend, qu'on te désire. On te dit : ne t'inquiète pas, on est tous frères et sœurs, on va tout faire pour que tu te sentes bien et que tu restes ici. »

Partie 6 — « Pourquoi on ne nous l'a pas dit avant ? » : la naissance d'une page Instagram

Hanna n'était pourtant pas une fan des réseaux sociaux. Tout est parti d'un besoin pratique. À la rentrée scolaire, entre enfants en primaire et au collège, garçons et filles, elle devait jongler avec de multiples écoles et des plannings très différents du système français. Fidèle à sa nature organisée, elle a commencé à créer des plannings — puis à les partager avec les familles de son groupe, via WhatsApp, en y intégrant aussi les nombreuses activités proposées (cours de Torah, soirées pour les femmes...).

Ce sont ses amis d'Aliyah qui l'ont poussée plus loin : « Pourquoi tu ne partages pas avec tout le monde tous tes tips, tes classeurs, tes fichiers ? » Sceptique — « Ça va intéresser qui ? » —, elle s'est finalement lancée avec des carrousels Instagram. « Je me disais : personne ne va les lire, mais ce n'est pas grave, je partage pour celui que ça intéressera. »

Le succès l'a surprise. « Baroukh Hashem, il y avait beaucoup plus de gens intéressés par l'Aliyah que ce que je pensais. » Une petite communauté est née, qu'elle a pu aider et accompagner. « Si j'ai pu aider des gens à faire leur Aliyah, j'en suis très fière. Parce que moi, quand j'ai fait la mienne, j'aurais voulu trouver ce genre de contenu — je l'ai cherché longtemps et je ne l'ai pas trouvé. »

Sa rubrique la plus emblématique s'appelle « Pourquoi on ne nous l'a pas dit avant ? ». « Pendant mes premiers mois, il n'y avait pas un jour où je ne me disais pas ça. J'en parlais avec mes copines : "Attends, tu savais ça, toi ?" "Non !" L'idée, c'est que beaucoup de choses, si on les sait avant de s'engager, facilitent énormément l'Aliyah. On dédiabolise l'Aliyah. Parce que faire son Aliyah, c'est déjà quitter son pays, tout ce qu'on connaît, souvent sa famille. Alors si en plus on arrive dans un environnement qui semble hostile parce qu'on ne parle pas la langue, autant partager les petites choses qui facilitent la vie. »

Des contenus très concrets — d'IKEA au permis de conduire — qui, de l'aveu même de l'intervieweur, apprennent des choses même à ceux qui sont déjà sur place depuis un an.

Partie 7 — Les questions qui reviennent le plus

Beaucoup de familles découvrent son compte par hasard ou par le bouche-à-oreille, puis la contactent. « J'adore échanger avec les gens, c'est vraiment un truc que j'adore faire. »

Trois questions reviennent sans cesse. La première : dans quelle ville s'installer ? « C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre à la place des gens. C'est à eux de définir leurs critères de vie. » Elle insiste toutefois sur un point souvent négligé : le budget. « Quand on partait en vacances à Tel Aviv, Netanya ou Ra'anana, on dépensait, puis on se refaisait en France. Là, on doit vivre sur place. Le coût de la vie n'est pas le même quand on doit l'assumer sur une année entière. »

Les deux autres grandes questions portent sur le système scolaire — comment il fonctionne, dans quelle école inscrire ses enfants — et sur le travail. « Est-ce que je vais trouver du travail ? » C'est là que le réseau constitué avant l'arrivée prend tout son sens : « Ce que je fais, c'est partager le lien entre le réseau que j'ai réussi à construire, dans plein de domaines, et les gens qui veulent faire leur Aliyah. »

Partie 8 — L'effet Beer-Sheva : des familles qui suivent

Si Hanna s'est autant attachée à Beer-Sheva, c'est d'abord grâce à la qualité de l'accompagnement. À la mairie, les proyectorim francophones — qui n'existent pas dans toutes les villes — ont fait toute la différence. « Je les ai appelées mes anges gardiens. Elles m'ont sortie de situations pour lesquelles, en France, j'aurais mis deux ou trois mois à avoir un rendez-vous. Elles, en 24 heures, c'était réglé. Sans elles, je n'aurais probablement pas choisi Beer-Sheva. »

Et son influence a fini par se voir. « Comme il y avait beaucoup de préjugés sur la ville, en discutant avec moi et en regardant ce que je partageais, des gens ont découvert qu'il y a une piscine à Beer-Sheva, de grands centres commerciaux, un IKEA. Il faut juste sortir de sa zone de confort et aller regarder ce qui se passe. » Résultat : huit familles viennent s'installer à Beer-Sheva cet été. « Je ne suis pas responsable à 100 %, mais plusieurs d'entre elles m'ont contactée pour des informations, puis m'ont dit : "On a choisi Beer-Sheva." Tout ce que je leur racontais de ma vie ici leur a donné envie de venir. »

Partie 9 — L'intégration des enfants : le vrai baromètre

C'est sur ce point que Hanna mesure la réussite de son projet. « Baroukh Hashem, mes enfants sont très bien intégrés aujourd'hui. » Ses filles se sont fait un vrai cercle d'amies israéliennes, en plus des amis français du groupe. « En Israël, il y a beaucoup de ce côté communautaire. Les enfants rejoignent des mouvements de jeunesse. Mes filles adorent y aller le Chabbat après-midi, recevoir des copines, aller chez elles. »

Une liberté qui, en France, aurait été impensable. « J'habitais à Romainville, les copines habitaient dans le 19e. Rien que pour ce trajet, des parents me disaient que c'était un peu loin, un peu compliqué. Là, on habite à deux minutes, c'est fluide. En France, je n'aurais jamais laissé mes filles aller au centre commercial toutes seules. Ici, elles m'envoient un texto : "Maman, je sors de l'école, je vais au centre commercial." "OK, amuse-toi bien." Sans appréhension. Et mes enfants voient que moi aussi, je suis plus sereine. »

Le plus difficile, paradoxalement, c'est pour son fils de 5 ans — celui dont on lui avait dit que ce serait le plus facile. « Il a encore un peu de mal. Parfois il me demande : "Maman, quand est-ce que je vais revoir mes copains de France ?" Je lui réponds que maintenant, c'est ici chez nous, qu'il faut s'adapter. Mais c'est un coquin : je le vois à la synagogue parler hébreu avec ses copains, et à moi il dit "je comprends rien" ! Pour lui, ce n'est qu'une question de temps. Pour mes filles, plus grandes, le chemin est tout tracé. »

Partie 10 — Le mot de la fin : « La place de tous les Juifs de France est en Israël »

À une famille qui hésite encore, Hanna adresse un message sans détour. « Je lui dirais juste d'ouvrir les yeux sur ce qui se passe en France. Je ne vais pas cracher sur la France, ce n'est pas mon rôle, et je sais que l'Aliyah peut être difficile pour tout le monde. Mais de mon point de vue, la place de tous les Juifs de France est en Israël. Je ne suis pas là pour convaincre qui que ce soit. »

Et pour ceux qui cherchent une ville — ou qui déménagent déjà en Israël —, son plaidoyer pour Beer-Sheva est enthousiaste. « C'est une ville où les gens sont très chaleureux, très accueillants. On peut toujours compter sur quelqu'un, et si on ne sait pas sur qui compter, il y a toujours quelqu'un pour te trouver quelqu'un. Il ne manque rien : des centres commerciaux, des hôpitaux, des parcs à foison. Pas de bouchons, on fait le tour de la ville en 15 minutes. Il y a des écoles, et l'immobilier reste abordable, avec de plus en plus de constructions neuves — et des mamadim, ce qui n'est pas évident dans les villes de périphérie. »

Elle garde une anecdote pour la fin, sur le maire de Beer-Sheva, Rouvik. « Je le connaissais avant même de faire mon Aliyah. Rien que parce qu'on était des Français qui voulaient venir, il a souhaité me rencontrer. Ici, il y a un truc adorable : le maire donne son numéro à qui le veut. Tu peux échanger avec lui sur WhatsApp. Il est hyper sociable, hyper accessible. Même ma fille de 12 ans a son numéro et peut lui envoyer un message : il lui répond. »

Un dernier détail qui résume, à lui seul, l'esprit de cette ville du Sud où Hanna a trouvé bien plus qu'un point de chute. Rak be'Beer-Sheva.

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