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Ruben Guedj : de Marseille à Tel Aviv, le couteau suisse de l'Aliya

Ruben Guedj n'avait pas prévu de tout quitter. À 20 ans, après deux tentatives infructueuses au concours de médecine, il aurait pu, comme beaucoup, se réorienter à la va-vite, cocher des cases, reprendre un cursus par défaut. Il a fait le contraire.

De Marseille à Tel Aviv : un saut dans l'inconnu

Ruben Guedj n'avait pas prévu de tout quitter. À 20 ans, après deux tentatives infructueuses au concours de médecine, il aurait pu, comme beaucoup, se réorienter à la va-vite, cocher des cases, reprendre un cursus par défaut. Il a fait le contraire.

Né et grandi à Marseille, passé par l'école juive, nourri depuis l'enfance d'un attachement discret mais tenace à Israël, il prend la décision de ne pas prendre de décision précipitée. Plutôt que de choisir une formation à chaud, il s'accorde une année sabbatique. Et pour cette parenthèse, il choisit Tel Aviv.

J'avais toujours eu ce rêve de vouloir avoir une expérience en Israël. Je me suis dit, quitte à prendre un an pour moi sans études, autant faire une expérience qui m'a toujours attiré.

Il arrive en octobre 2017, seul, sans emploi, sans réseau, sans vraiment maîtriser la langue. Il s'inscrit à un Ulpan — programme intensif d'hébreu — dans le nord de Tel Aviv. L'année sabbatique ne se terminera jamais. La page marseillaise, elle, est définitivement tournée.

L'armée comme révélateur

Quelques mois après la fin de l'Ulpan, Ruben s'engage dans l'armée israélienne via le programme Machal, réservé aux volontaires étrangers. Un an et demi de service en tant que « soldat seul » — sans famille en Israël, sans les repères habituels.

C'est là que l'hébreu bascule. Les bases posées à Marseille, consolidées à l'Ulpan, deviennent une langue vivante sous la pression du quotidien militaire.

L'Armée, là, ça a été vraiment le déclic où là vraiment ça a été beaucoup plus fluide. C'est vraiment tout un cheminement — je ne peux pas dire que juste cette expérience a construit mon hébreu. C'est le rajout de toutes ces expériences.

Il termine l'armée en février 2020, deux semaines avant le début du confinement mondial. Le timing, comme souvent dans sa vie, est à la fois mauvais et parfait.

Quatre activités, un seul fil conducteur

Aujourd'hui, Ruben a 30 ans et jongle avec quatre activités en parallèle. Pas par agitation, pas par dispersion — mais parce que chacune est née naturellement de la précédente, portée par la même logique : repérer un manque, tenter, ajuster.

Cours d'hébreu. Dès le début de ses études en publicité et marketing digital, il commence à donner des cours particuliers pour financer sa vie étudiante. Cours conversationnels pour adultes, soutien scolaire pour enfants — il adapte ses séances au niveau et aux centres d'intérêt de chaque élève.

Créateur de contenu Aliya. En deuxième année d'études, les portes des entretiens d'embauche se referment toujours sur la même phrase : pas d'expérience. Sa réponse ? Créer son expérience lui-même. Il ouvre une page Instagram dédiée à l'Aliya, investit 80 shekels dans une ring light et se lance devant son téléphone.

La première fois, je me rappelle de parler devant un téléphone. Ça m'a fait extrêmement bizarre. Mais je me suis dit : au pire, j'ai perdu 80 shekels, ce n'est pas très grave.

La mayonnaise prend immédiatement. Ses premières vidéos — sur les aides aux soldats seuls, sur la location d'appartement — accumulent des milliers de vues. En un mois : 600 abonnés, des centaines de commentaires, une communauté affamée d'informations concrètes.

Community management. À force de gérer sa propre communauté, Ruben comprend qu'il fait déjà le travail d'un community manager. Il commence à proposer ses services à des entrepreneurs francophones qui souhaitent s'adresser au marché israélien — en hébreu.

On a à peu près 10 % de francophones en Israël. Entre un marché à 10 % et un marché à 90 %, le choix est vite vu.

Accompagnement administratif. Celle-là, il ne l'avait pas vue venir. Une amie lui demande de l'aider à démêler l'administration israélienne pour obtenir ses droits en tant que mère célibataire. Il accepte par amitié, découvre qu'il s'y retrouve facilement, et rédige un post sur le sujet.

J'avais jamais eu autant de vues. Des centaines de personnes me contactent, des messages privés, des commentaires. Là, je me suis dit : il y a vraiment un business et un marché à prendre.

Des mères célibataires aux retraités, l'activité s'est développée naturellement, par bouche-à-oreille et par la force de sa communauté en ligne.

La mentalité israélienne : une leçon de liberté

Ce qui a le plus frappé Ruben depuis son arrivée, c'est moins l'organisation du pays que l'état d'esprit de ses habitants. Les Israéliens ne jugent pas. Ils encouragent. Ils donnent leur chance à ceux qui tentent.

Ici, aller vers les autres, les autres vont vous ouvrir les bras à grande ouverture. Alors qu'en France, on est vraiment... moi, moi, moi et moi.

Il insiste aussi sur le réseau — le mot revient comme un mantra tout au long de la conversation. Le networking, en Israël, n'est pas une stratégie froide : c'est un réflexe culturel, une façon naturelle d'exister dans l'espace professionnel et social.

Ne restez pas repliés sur vous-mêmes. Allez vers les autres, n'ayez pas peur du jugement. Ici, personne ne juge, tout est possible.

Il regrette de ne pas avoir constitué son réseau plus tôt — avocats, experts-comptables, partenaires potentiels. Aujourd'hui, c'est une priorité qu'il transmet à ceux qu'il accompagne.

« Écoute ton cœur et pas les autres »

Si Ruben devait résumer en une phrase ce que lui a appris son Aliya, ce serait celle-là. Non pas une invitation à l'inconscience, mais une invitation à la confiance en soi — à ne pas laisser la prudence des autres étouffer une intuition juste.

Même si c'est toujours bien de prendre conseil auprès des uns et des autres, ne faites pas ce que les gens veulent que vous fassiez. Pensez à ce que vous pensez au plus profond de votre cœur. Et souvent, la réponse va sortir assez rapidement.

Il n'idéalise pas son parcours. Il a raté deux concours, connu le Covid, tâtonné avant de trouver son équilibre. Mais il refait l'Aliya sans hésiter. Mille fois.

On se lève, on tombe, on se relève, jusqu'à ce que vous réussissiez. Si ça se trouve, vous allez vous lancer et réussir dès le premier coup. Qui sait ? Tentez et foncez.

Ruben Guedj est aujourd'hui franco-israélien. Il n'a plus rien à Marseille — ou presque. Juste de la famille. Et un accent qu'il jure ne pas avoir.

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